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« Une simple équation » pour le mouvement coopératif

Marianne en prestation 5 avril UQTR

Photo prise lors du 5à7 du 5 avril à l’UQTR

Il m’arrive parfois d’être sollicitée par des organisations pour écrire un poème sur mesure pour un événement ou un projet qu’ils souhaitent mettre de l’avant d’une façon différente, plus artistique et moins formelle. C’est ce que le Conseil québécois de la coopération et de la mutualité m’avait demandé dans le cadre de leur tournée des régions « Coopératives d’ici : notre empreinte sur le monde ». Mon poème « Une simple équation » a donc ouvert les 5 à 7 présentés respectivement le 28 mars au Centre culturel de l’Université de Sherbrooke et le 5 avril à l’Atrium de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Ce fut pour moi une belle occasion de rencontrer un nouveau public, mais également de partager des valeurs de solidarité, de partage, d’honnêteté et de soutien à la communauté par l’entrepreneuriat.

Plusieurs personnes ont été touchés ou inspirés par mon texte lors de mes prestations et m’ont demandé si c’était possible de le relire, c’est pourquoi je vous le partage aujourd’hui. Bonne lecture!

Une simple équation

L’équation est simple
juste une addition
juxtaposer des éléments
rejoindre les valeurs
dans un même résultat
mettre en commun pour créer un tout
ensemble

C’est qu’on a rien à perdre et tout à gagner
à réunir nos forces
à cumuler nos compétences
les obstacles seront moins lourds à lever
les réussites en seront encore plus grandes

Ensemble dans une même entreprise
on se met en action
on pense coopérative
c’est que nos ambitions prennent du gallon
quand on les partage
quand on rêve ensemble
ça se concrétise
ça se multiplie
dans le fond c’est pas une addition
mais une formule exponentielle
ce n’est pas juste la somme des parties
c’est un souffle collectif qui s’accroît qui s’amplifie
qui repousse les barrières
et crée une rafale de bons plans
d’énergie nouvelle pour faire tourner les pales
du moulin à idées
de l’éolienne à projets
avec une propulsion transparente
on se porte toujours plus loin

Chacun côte à côte
on avance on se projette
l’avenir prend des proportions formidables
plus grandes que chaque individu réuni
c’est le produit d’une coopérative
notre voix compte
nos gestes aussi
on démocratise la gestion
on se branche sur la même vision

Parce que créer une coop
c’est pas se mettre des bâtons dans les roues
c’est mettre des roues à nos bâtons
pour construire une nouvelle entité
que ça roule que ça chemine
que ça devienne une grosse machine
un moteur à réaction positive
une voiture de course
en route vers la pole position
atteindre nos buts sans piler sur nos valeurs
ni sur les autres ni sur nous-mêmes

Faire une différence à plusieurs
ce n’est pas se soustraire aux profits
nos bénéfices reviennent à nous tous
loin de la bourse et de ses marchés
on mise sur notre communauté
pour bonifier les rendements
ça ne se calcule pas qu’en monnaie sonnante
c’est aussi la résonance dans le milieu
l’impact social
culturel
économique
qui accorde de la valeur à nos efforts

Le capital dans tout ça
il est surtout humain
quel pouvoir que celui d’accomplir ensemble
quelle fierté de participer à un devenir collectif
et non la puissance du groupe ne se mesure pas
elle n’a pas de circonférence
elle n’a pas de périmètre vérifiable
c’est intangible et pourtant super solide
la meilleure des fondations
pour soutenir le projet de nos vies
car créer ensemble
ça égale quelque chose comme l’infini plus un
finalement c’est peut-être bien une addition
quand on travaille ensemble
dans une magistrale équation

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Un passage dans la Nuit Virtuelle II

Le 4 mars dernier, Poème sale organisait, comme chant du cygne, une 2e édition de la Nuit Virtuelle dans le cadre du fabuleux festival littéraire Dans ta tête. À cette occasion, je leur ai envoyé une vidéo-maison de mon poème Seattle sens unique. Pour ceux qui auraient manqué mon passage dans cette nuit peuplée de mots poignants et de voix à découvrir, eh bien c’est encore disponible en rappel, sur le site de Poème sale. Profitez-en pour aller voir ce qui se fait de bon dans la marge poétique québécoise : ça ne manque pas de qualité ni d’audace!
Bonne écoute!

nuit-virtuelle

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Au croisement, un hommage au « centro »

Durant la dernière année, plusieurs personnes m’ont demandé de relire de mes poèmes en particulier : celui que j’avais créé en hommage au centre-ville de Sherbrooke. Comme j’ai réalisé aujourd’hui que cela fait un an jour pour jour qu’il fut prononcé lors du lancement du plan d’aménagement du centre-ville (et lendemain à la soirée Slam du Tremplin), je me suis dit que, contrairement à mon habitude, j’allais vous partager ici la version écrite de ce texte, intitulé « Au croisement ».

Le centre-ville de Sherbrooke - photo par Marianne Verville« Au croisement », parce que le centro, c’est la première place où je suis atterrie à mon arrivée à Sherbrooke. Parce que c’est là que j’y ai trouvé une communauté enrichissante, tant artistiquement qu’humainement, qui m’a propulsée dans mes projets et m’a amenée à faire voyager ma parole. Parce que ce cher centro, c’est le croisement entre nature et urbanité, un vent de fraîcheur pour la native de la banlieue montréalaise en moi. Et parce que semblerait-il  je n’arrive pas à – et ne veux pas vraiment – m’en détacher.

Bonne lecture!

Au croisement

Tout part d’un croisement
de vents et de rivières
à creuser les vallées
de montagnes et de rivages
accoster au pied du courant
là où ça forme encore des grandes fourches
là où on navigue plus vraiment

La terre a pris le sillon de nos ancêtres
une ville encore jeune
quelques rides à peine
remarquez
le port altier de la Reine des Cantons
sur les maisons essaimées
du centre aux quatre coins
plus loin que l’horizon

Ici est un lieu sans horizontales ni verticales
sur les cartes trop plates
et les rapports d’angles abstraits
ce qu’on en a dit sur papier
n’est qu’une parcelle de ce qu’on vit
depuis des générations
entre la Magog et la Saint-François
ça bourdonne
ça bouillonne
ça brille le soir
quand on regarde le ciel
sur le pont d’la Belvédère
en écoutant la rivière cascader
au cœur de la centrale

On descend la Frontenac
laissant de côté les chiffres
au profit des légendes
on entend dans le bruissement des arbres
les récits de cour d’école
jusqu’aux souvenirs des anciens
dire que la justice s’ordonnait
dans ce qui est devenu l’Hôtel de Ville
au tournant de la Dufferin
c’est là qu’est né le centre-ville

Ses bâtiments sont des coquillages
tendez l’oreille
ils chantent les moulins perdus
et les cloches des manufactures
ils jouent les espoirs d’un peuple
élevé dans le Petit-Canada
village phénix sur une nouvelle Alexandre
on raconte encore dans les murales
des histoires construites
autour des chemins de fer
et sûrement d’une couple de bouteilles

On écrira
des poèmes éphémères
sur nos viaducs à reconstruire
pour ouvrir le paysage
on criera
en descendant la King
sur les fesses
durant le Carnaval
ou en pleine tempête
qu’on fasse du centro un maelström
un tourbillon de gens
de saveurs de lumières d’idées
de rêves en marche
à s’faire des mollets gros
comme un Maxi Louis
on couvrira les toits de verdure
et les rues de grains de café
remettre l’odorat à zéro
sentir qu’on est chez soi
chez nous
partout
dans tous les sens des côtes
et des falaises

On pourra les traverser sans escalade
sans frein sur nos chemins
recoudre les quartiers en une courtepointe
des petits points de nos grands-mères
aux coupes folles de nos créateurs
si tout le monde s’y met
et arrête de tirer son bord de couverte
si tout le monde admet
qu’on a tous notre place sur la Well
à l’ombre de la cathédrale

Sherbrooke
notre centre-ville est un remède aux angoisses
un attentat à la solitude
par la communauté qui l’habite
du travail à l’école
de l’appart à la station de bus
c’est une invasion à coups de bienvenue
pour tous ceux qui viennent s’y ressourcer
de boutiques en restos
de sentiers en soutien
à faire tomber les barricades sociales
que ses personnages deviennent des emblèmes
comme l’ange qui veille
sur nos rues et nos âmes

Sherbrooke, centre-ville
là où on revient et renaît
le quartier nous adopte avant qu’on ait pu l’adopter
c’est le domaine de l’effervescent
là où d’un terrain vague germera un potager
du local vide s’allumera un projet
des micros émergeront des étoiles
là où les façades montent toujours la garde
et les enfants joueront dans les parcs encore
quand nous aurons légué ce centre-ville
aux prochains
quelle trace voulons-nous laisser
dans la pierre et dans la brique?
dans l’air et dans la mémoire?

Ce manifeste prend la rue
pour la faire danser
la modeler à l’avenir
pour dire que le centro
est plus qu’un divertissement
plus que des tours à bureaux
plus que des logements
plus que des spectacles
pour prouver qu’il est quotidien
rassemblements et bonheurs à partager

Le centro n’est pas un formulaire
il est trop diversifié pour les cases
il n’est pas une directive
c’est la direction
le départ et l’arrivée
ne le prenons pas pour une marchandise
car il se donne bras ouverts
chaque jour
avec un cœur chaud
à faire déglacer le Lac des Nations
à faire évaporer les doutes

C’est notre place
notre centre-ville
au croisement de nos vies

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